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“Et toi, tu veux mourir comment ?”

On dirait que c’est à la mode aujourd’hui de tenir un discours moralisateur. Chacun fait la morale à son voisin, y va de sa petite étude, sermonne, conseille, encourage, réprimande. La parabole de la paille et de la poutre (Evangile selon Matthieu, chapitre 7) ça vous dit quelque chose?

Le vin est-il aussi dangereux que ça?

Je ne suis pas là pour vous rappeler tous les arguments de la bataille ça serait stérile et inutile. On sait tous que le vin c’est de l’alcool et que, à ce titre, selon la quantité ingérée le vin peut être très nocif. On sait aussi que le vin est malgré tout un produit naturel, doté de certaines vertus dont le plus grande est sans conteste celle de favoriser les rapports sociaux, en regroupant les gens autour d’une table. On pourrait tenir le même discours pour la nourriture. Manger trop riche (trop gras, trop sucré, trop salé), on sait que ce n’est pas bon pour la santé mais un repas dominical, toute la famille réunie, ou un bon dîner, entre amis, cela reste une joie incomparable.

Ce n’est pas qu’une affaire d’éducation et de prévention

Mais on sait surtout que la santé publique est une affaire importante. Les cancers, les cirrhoses, tous les risques liés à l’alcool, ne sont pas négligeables et les différentes campagnes de prévention sont là pour le rappeler à ceux qui ne serait pas encore au courant. Pourtant je ne pense pas qu’il s’agisse d’une question d’éducation par la pub, d’articles dans les journaux et de comptes-rendus de procès. Un alcoolique se sent sûrement déjà coupable de boire, il se rend compte de ce dont la boisson le prive. Un alcoolique mondain, un jeune, en est déjà moins conscient et c’est là que bien sûr la prévention est plus utile, c’est là qu’il faut diffuser des messages, parler, informer, éduquer.

La grande majorité de la population sait se modérer, connaît les risques, est consciente de sa consommation, et la maîtrise. Une femme enceinte sait que boire est mauvais pour son bébé. Un critique de vins sait qu’il doit cracher, et sait pourquoi il doit le faire. Et une personne qui lit un article sur le Champagne sait qu’il s’agit d’une boisson à consommer avec modération, et ne subit pas une influence déterminante dans son niveau de consommation.

Non, la personne qui subit les méfaits de l’alcool est souvent au courant de sa situation. Mais comment en sortir ? Ce n’est pas juste une addiction à l’alcool. C’est un addiction au plaisir qu’il procure, quand il réchauffe le corps et fait oublier à quel point on se sent mal. Le problème n’est donc pas forcément dans la boisson. L’alcool, c’est souvent un symptôme, un remède auto-administré par la personne, un peu comme un anti-dépresseur.

Pour apporter une solution, il faut déjà cerner le problème

Ce n’est pas une question d’éducation, de journalisme, c’est une question de société, de gens qui n’arrivent pas à s’en sortir, qui boivent pour ne pas voir leur vérité en face. Ce n’est pas une étude dans un journal lu par “la France d’en haut” qui va aider “la France d’en bas”, ce sont des actions, des associations, des programmes de réinsertion. Ce sont aussi des campagnes de sensibilisation, des ateliers sur les campus universitaires, des articles un peu choc sur l’alcoolisme mondain.

Enfin, je propose, je suggère, mais je peux me tromper. Si vous avez d’autres idées, n’hésitez pas. Si vous pensez que les miennes sont ridicules, n’hésitez pas non plus.

Toujours est-il que, selon moi, ce n’est pas un procès contre un journal qui aurait parlé de la manière dont le Champagne contribue au rayonnement international de la France qui va avoir une efficacité quelconque sur le problème de l’alcoolisme dans notre pays. Tout au plus cela va animer des débats, des querelles, faire se soulever critiques, journalistes et vignerons, ceux-là-mêmes qui font un travail d’instruction des populations et qui leur parlent du vin comme d’un produit du terroir, né de l’amour d’un homme pour sa terre, comme d’un fabuleux vecteur de cohésion sociale, d’amitié, et de chaleur humaine.

PS : Pendant ce temps-là, la RVF nous dit : “113. C’est, en millions d’euros, le budget alloué juqu’en 2010 par le ministère de l’Agriculture espagnol pour la promotion de sa filière viticole. Objectif : devenir le leader mondial du vin. Pendant ce temps, la France invente le logo femmes enceintes sur les étiquettes et finance les campagnes associant le vin à un produit nocif pour la santé…” Ca se passe en effet de commentaires.

Un commentaire pour ““Et toi, tu veux mourir comment ?””

  1. SIRIBOU dit :

    Les objecifs qualité plus, voire qualité totale, ont envahi -merci la rationalité d’ingénieurs, merci les “marketeurs”- notre monde de la production, de la distribution et de la consommation.
    Et la vie “zéro défaut” est maintenant devenue un phantasme de nos temps modernes. Bonjour le totalitarisme !
    Il faut désormais être assuré, pour tout, contre tout (contre tous ? ), c’est à dire contre soi-même aussi, avec une visée dérisoire de naïveté : LE MALADE DOIT MOURIR GUERI.
    Bon, évidemment je ne prèche pas pour l’intempérance. Je prèche plutôt pour la modération : pour goûter plus longtemps aux petits bonheurs de la vie, adonnons-nous y avec tempérance.
    Quant aux intégristes de notre santé, buvons un peu à la leur, à leur santé mentale surtout, en priant le ciel de leur accorder une lueur d’intelligence, pour que les addicts de la réglementation, pour que tous ces liberticides aillent au bout de leur raisonnement et se préoccupent aussi des vrais abominations de notre monde moderne : les OGM par exemple.
    Et si pour apporter une solution, il faut déjà cerner le problème …
    Rappelons donc aux spécialistes cette forte devise Shadok : s’il n’y a pas de solution c’est qu’il n’y a pas de problème.
    Antonin SIRIBOU

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