Echange Médoc et Cognac contre Tokay

S’il y a une chose sur laquelle les Français s’accordent, c’est la défense de notre patrimoine. La preuve, quand 6000 bouteilles de vin américain portant la mention “champagne” débarque sur le territoire de l’Union Européenne, elles sont détruites sans autre forme de procès. Mais quand il s’agit de faire des concessions…
Saviez-vous que… c’est l’Alsace qui a contribué à la sauvegarde du patrimoine viticole bordelais ? Au cours d’un différend au sein-même de l’Union Européenne ? Qui a opposé la France à la Hongrie ? Savez-vous que c’est pour cela que la mention “tokay” a disparu ?
Sans le sacrifice des vignerons Alsaciens, aujourd’hui, nous trouverions encore des “Médoc” et des “Cognac” venant de Hongrie. Mais, pour tout vous dire, c’est plutôt dans l’autre sens que cela s’est passé…
Les plus jeunes d’entre nous ne le savent même pas, mais l’appellation “Pinot Gris” en Alsace, désignant les vins produits à partir de ce cépage, aussi nommée “Tokay Pinot Gris” pour des vins plus âgées (jusqu’en avril 2007 à vrai dire), n’a pas toujours existé. Jusqu’en 1984, on parlait simplement de “Tokay”, au grand dam de nos confrères Hongrois.
Ceux-ci ont donc déposé une plainte auprès de la Commission Européenne, qui a tranché pour que l’Alsace cesse d’appeler ces vins “Tokay”, avec une période de transition où les vins seraient commercialisés sous le nom “Tokay Pinot Gris”. A terme, seul le terme “Pinot Gris” serait gardé, ce qui est le cas aujourd’hui (depuis le millésime 2007).
En échange, la France a négocié le retrait des labels “Médoc” et “Cognac” utilisés en Hongrie. Ce qui a contribué à la préservation de notre beau patrimoine. Mais qui n’aurait peut-être pas eu lieu si la Hongrie n’avait pas déposé sa plainte la première, exigeant que son propre patrimoine soit respecté.
Aujourd’hui toutefois, la transition est finie, et j’ai l’impression que ces 23 ans de “Tokay Pinot Gris” ont permis aux générations de faire le lien entre ce qui était Tokay en Alsace avant 1984, et ce qui est Pinot Gris maintenant. Avec, nous avons perdu quelques légendes sur l’implantation de ce cépage en Alsace en 1565 par Lazare de Schwendi. Mais nous avons aussi perdu toute source de confusion avec les Tokay hongrois, qui n’ont décidément rien à voir avec leurs ex-homonymes Alsaciens. C’est aux Américains que ça va faire plaisir !



13 February 2008 à 1:56 pm
Le tokay (le vrai, le hongrois) vous connaissez chez findawine… j’en dirai pas plus. Mais à quand une grande dégustation ?