Il était une fois en Inde

Une étude récente de l’Association des Chambres de Commerce et d’Industrie en Inde (ASSOCHAM) a fait état de la consommation actuelle de vin en Inde. Les chiffres sont troublants, quand on sait que la consommation française, elle, a plutôt une croissance négative depuis quelques années : après une croissance de l’ordre de 20% par an, c’est maintenant un taux de 35% qui est annoncé. De quoi faire rêver n’importe quel producteur de vin.
La grande nouvelle de ce rapport, c’est que le profil du consommateur a changé. Le marché du vin s’ouvre maintenant aux populations rurales, surtout jeunes (25-34 ans), et plus seulement aux habitants des grandes villes de l’Inde. La raison principale évoquée : la plus grande disponibilité des vins à bas prix dans les campagnes.
Le vin et le marché du vin en Inde
Pour replacer le contexte, l’Inde a une tradition viticole qui remonte à quelques années tout au plus. Ses grands domaines viticoles ont une dizaine d’années. Du point de vue de la consommation, ce sont la bière et des alcools forts qui l’emportent (whisky en tête). Autant dire que si la production en est à ses débuts, les palais ne sont pas en reste, et l’œnologie va de même.
En conséquence, les fameux vins à bas prix disponibles dans tout le pays (ou presque), consommés par les jeunes des villes et des campagnes, sont des vins locaux, dont la qualité est loin d’égaler cette que l’on rencontre dans d’autres pays, d’autres régions. Les importations ne dépassent pas 15% à 30% des ventes. Ce sont en majorité des vins français et italiens, mais ils souffrent d’une taxation très forte (140 à 250% du prix, plus des taxes de 50 à 100% à la distribution, selon les États). Ces vins continuent donc d’être perçus comme des vins de prestige, de luxe, inaccessibles, qui restent dans le domaine de l’imaginaire.
L’explosion de la demande
Pour résumer, c’est un pays qui vient de se mettre au vin, depuis quelques années à peine, et où la consommation de ce breuvage a depuis explosé, tout comme sa production. Cependant, niveau de vie local oblige, la qualité ne suit pas forcément, ou en tout cas pas d’un point de vue européen, et ce sont les vins à bas prix qui dominent le marché, nos chers vins français étant justement… trop chers. Cela dit, la consommation est principalement motivée par une question de classes sociales, dans une logique d’identification, de paraître, le vin étant une boisson jusque là réservée aux classes aisées et aux occasions spéciales.
Cette explosion de la demande laisse présager un travail des producteurs locaux sur les rendements, sur la quantité, et non sur la qualité. Il semble donc que nous pourrons encore attendre quelques années avant de trouver ces vins sur le marché français, et que d’ici là nous continuerons d’appeler “vins du nouveau monde” les délicieux produits de l’Amérique du Sud, qu’ils nous viennent d’Argentine, du Chili ou du Brésil.
Note d’originalité de l’étude de l’ASSOCHAM, il semblerait que la population se tourne vers le vin pour des raisons de santé, le degré alcoolique de cette boisson étant en effet bien inférieur à celui du whisky. Mais le vin est aussi perçu comme étant bénéfique pour la santé, à l’inverse de la bière et des spiritueux.
PS : au sujet des droits de douane, qui atteignent parfois les 550%, les Etats-Unis ont déposé une plainte auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce, l’OMC, car ils empêchent parfois totalement des vins d’être commercialisés en Inde.
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