Manifestations de viticulteurs, vin et Internet: effets collatéraux

Révolte et revendications
Nous avons tous vu les impressionnantes images des manifestations des viticulteurs du Languedoc-Roussillon à Montpellier. Tout cela tranche bien sûr avec les réunions feutrées organisées autour de la réforme de la loi Evin et sont l’expression selon Nicolas Boudon, président du Syndicat des Jeunes Agriculteurs du Languedoc-Roussillon d’un “désespoir total” de certains vignerons. D’après Philippe Vergnes, président du Syndicat des vignerons de l’Aude, 98% des quelque 15.000 exploitations de la région “sont délabrées financièrement et ne peuvent faire face à l’endettement” et près de 2.000 exploitations seraient au bord de la faillite. Autre chiffre impressionnant, le cours moyen des vins de pays en merlot est tombé de 63 euros l’hectolitre en juillet 2001 à 50 euros en novembre 2007 (source: observatoire viticole de l’Hérault), le tout sur fond de flambée des prix de l’essence.
Les viticulteurs demandaient à l’occasion de ces manifestations un plafonnement du prix de l’essence à 40 centimes d’euros, une exonération de la taxe foncière sur le non bâti et surtout une révision des conditions commerciales avec le négoce notamment en ce qui concerne les délais de paiement.
Les retombées
Quelques jours après les échauffourées, le ministre de l’agriculture, Michel Barnier, recevait une délégations de viticulteurs du Languedoc-Roussillon pour leur annoncer un ensemble de mesures.
Les deux mesures phares concernent les relations avec le négoce et prévoient l’obligation du versement d’un acompte par les négociants aux viticulteurs de 15% dès l’émission de la facture ainsi que la réduction du délai de paiement de 75 jours à 60 jours maximum. Le tout devrait faire l’objet d’un amendement dans le cadre de la loi de modernisation de l’économie.
De plus, la taxe sur le foncier non bâti sera supprimée pour l’année 2007 et une aide exceptionnelle de 2 millions d’euros sera débloquée pour renforcer la prise en charge des cotisations sociales des exploitations en difficulté.
On trouve enfin parmi le mesures de Michel Barnier l’annonce que le groupe de travail consacré à Internet et à la loi Evin “remettra au Gouvernement avant la fin du mois de juillet des propositions d’évolution du cadre légal permettant de clarifier et de sécuriser juridiquement la question” du vin sur Internet. La formulation est ambiguë car “clarifier” et “sécuriser” la question su vin sur Internet n’est pas nécessairement synonyme de libéralisation. On peut cependant penser que sa présence dans une liste de mesures visant à apaiser les viticulteurs ouvre plutôt une perspective positive.
La fin du syndrome Bernard Laporte?
A priori la révolte des viticulteurs et les efforts pour obtenir la réforme de la loi Evin n’ont pas de rapport direct. Avant l’annonce du ministre on ne trouvait pas de trace de revendications des manifestants relatifs au vin sur Internet! En effet, les revendications des viticulteurs sont plutôt axées sur le prix de l’essence et du vin que sur la question d’Internet qui n’est pas (pour l’instant) leur priorité. On peut d’ailleurs le regretter car, si on comprend volontiers que la question du développement des viticulteurs sur Internet n’est pas un problème aussi urgent que celui du prix de l’essence, c’est un sujet sur lequel les viticulteurs devront obligatoirement se pencher à moyen terme pour dynamiser la filière.
Pire, certains défenseurs de la loi Evin maintenaient que l’interdiction du vin sur Internet profitait aux petits vignerons. C’est l’argument de Bernard Laporte qui, s’exprimant publiquement devant le Sénat prétendait qu’une “libéralisation non strictement encadrée de la publicité en faveur de l’alcool sur Internet profiterait d’abord aux grands groupes industriels producteurs d’alcool, qui disposent de moyens publicitaires très importants, plutôt qu’à la filière viticole“. L’argument n’est évidemment pas tenable puisqu’Internet est le seul média où l’on puisse communiquer efficacement et de façon rentable pour quelques dizaines d’euros. Il suffit pour cela de penser au petit vigneron qui achète des liens sponsorisés relatifs à son appellation sur Google pour quelques centimes d’euros. Ni la presse, ni la radio n’offrent bien sûr une telle souplesse et une telle rentabilité!
On ne peut donc que se féliciter d’une prise de conscience du problème par les vignerons et saluer leur action qui permet une avancée de la cause du vin sur Internet.
Tags: manifestations pour le vin, réforme de la loi Evin, vin et Internet, viticulteurs du languedoc-roussillon, viticulteurs et loi Evin



7 July 2008 à 10:15 pm
comment bernard laporte peut il etre à ce point “à coté de la plaque”???????
8 July 2008 à 10:35 am
triste constat mais en france faut mettre le feu aux bagnoles pour etre écouter par le gouverement
8 July 2008 à 4:00 pm
oui mais au moins les vignerons du languedoc font bouger les choses
10 July 2008 à 5:53 pm
[...] et de techniques de marketing, plutôt que la filière viticole“. On retrouve ici le syndrome Bernard Laporte dont nous parlions il y a quelques jours et qui est un non sens total. Entre des encarts dans les [...]
22 October 2008 à 4:48 pm
[...] pour les viticulteurs de lutter contre la concurrence étrangère. Cela contraste avec l’analyse malthusienne tenue par Bernard Laporte, analyse dont il n’est malheureusement pas le seul [...]