Inde et vin : fantasmes et réalités
L’industrie viticole indienne, très récente, trouve un succès croissant auprès de la population locale, de plus en plus sensible à la consommation de vin. Malheureusement, les taxes à l’importation découragent la plupart des producteurs étrangers d’exporter sur le marché Indien.
Au pays des fantasmes
Au même titre que la Chine, l’Inde draine beaucoup de fantasmes lorsqu’on évoque l’industrie viticole et la consommation locale de vin mais qu’en est-il réellement?
Il y a encore 10 ans, la classe moyenne indienne ne consommait pratiquement pas de vin. Même dans les couches supérieures de la société on se limitait à consommer du whisky, de la bière, ou de la vodka. Le démarrage d’une production locale, la croissance indienne et la mondialisation ont réussi à changer les goûts et les mentalités en quelques années. Ainsi, de plus en plus, le vin s’invite dans les dîners, les soirées, et des initiations à la dégustation sont organisées par “l’Indian Wine Academy” afin de sensibiliser la population.
Cette croissance du marché, soutenue par une forte campagne de promotion nationale, a fait de l’industrie viticole indienne une des plus dynamiques au monde. Pour s’en convaincre, il suffit de s’intéresser à la proportion des vins nationaux dans les ventes de vin en Inde, passée de 10%, contre 75% actuellement en moins de dix ans!

Selon Rajeev Samant, un producteur Indien, les premiers vignerons ont eu beaucoup de mal au début. Pour cause, personne n’avait jamais planté de vignes sur ces terres, et la population n’avait généralement jamais goûté de vin. Mais la qualité de la production et les compétences des vignerons indiens augmentent chaque année, et sur l’immense territoire indien, des micros climats extrêmement propices à la viticulture ont été trouvés. Ainsi, la région Maharashtra s’avère être la plus propice à la production d’un vin de qualité.
Peut-on boire du bon vin en Inde?
Le constat n’est pas que positif et les taxes à l’importation viennent tâcher ce beau portrait. En effet, les vins étrangers sont extrêmement coûteux pour les indiens, et seules les classes supérieures peuvent s’offrir le plaisir de déguster des vins de Bordeaux. Malgré une forte pression de la communauté internationale et de l’OMC, le gouvernement indien espère protéger la production nationale le plus longtemps possible avec une surtaxe de 150%. Bref, l’Inde ne semble pas prête à suivre le bon exemple de Hong-Kong qui a récemment supprimé les taxes sur l’alcool.
Les indiens peuvent-ils alors se rabattre sur une production locale de qualité et accessible? Rien n’est moins sûr. La production locale reste aujourd’hui chère et de qualité médiocre avec des investissements plus marquées dans le marketing que dans le chai… Peut-être cela explique t-il la fermeté du gouvernement face aux droits de douane et l’on comprend volontiers que le gouvernement laisse le temps à l’industrie locale de se développer et d’atteindre une masse critique avant d’ouvrir les vannes de la concurrence mondiale. Comme quoi on n’est pas toujours obligés de subir la mondialisation…
Malgré ces constats, l’Inde garde un potentiel de croissance impressionnant, avec une consommation qui devrait doubler d’ici 2012 (passant de 12 millions de bouteilles à 24 millions par an) et des vignerons dont la courbe de croissance s’élève constamment avec à terme, pourquoi pas, l’objectif d’exporter le vin indien!
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