Le juste prix
Quel est le prix maximum que l’on est prêt à mettre dans une bouteille ? Je reconnais que ce montant varie, en fonction de la bouteille et de la qualité qu’on en attend, de la situation financière personnelle du moment, etc. Mais, toutes choses égales par ailleurs, combien serait-on prêt à payer pour un vin, fût-il le meilleur du monde ?

18 000 euros
Je ne vous parle pas là d’une vente aux enchères, d’un millésime dont l’ancienneté fait le prix, ou autre. C’est un millésime 2005. En vente dans un magasin où n’importe qui peut aller l’admirer. Car non, faire un tour au rayon vin des Galeries Lafayette n’est pas visiter la cave “secrète” de quelques cavistes spécialisés en vins rares (et chez qui, paraît-il, il faut être un initié pour avoir le droit d’acheter des vins).
D’accord, il s’agit d’une bouteille de Romanée-Conti. Mais vaut-elle vraiment 18 000 € ? Le prix d’une voiture ? D’une vingtaine d’ordinateurs ? Un an de salaire au SMIC ? Le souci, c’est qu’il y aura toujours quelqu’un prêt à dépenser autant pour ce vin. Le jour où tout le monde décrètera que c’est trop cher, le prix baissera, mécaniquement. Mais nous n’en sommes pas encore là.
Le prix du rêve
Dans ces 18 000 euros, on paie plusieurs choses. On paie une image, du prestige, de la vanité : je suis capable de me payer une bouteille 18 000 euros. Car nul doute que celui qui en achètera mentionnera le prix, un jour ou l’autre. On paie de la rareté. Plus c’est rare, plus c’est cher, telle est la loi de l’offre et de la demande.
Et, enfin, on paie un vin. 75 cL de vin. Produit sur une terre très précise, et élaboré selon une méthode très particulière. Ne pas oublier le bouchon, la bouteille, la capsule, et l’étiquette. Je reconnais donc que, dans ce cadre, 18 000 euros, ce n’est pas trop cher, pour un vin, non : c’est honteusement excessif.
Sauf qu’une Romanée-Conti (2005, ou autre, d’ailleurs) ce n’est plus du vin. Si le prix était à 2000 euros, une partie de l’image du domaine serait brisée. Et beaucoup de gens se rueraient pour l’acheter, sacrifiant une partie de leurs économies. Ce ne serait plus une Romanée-Conti. 18000€ : juste ? pas juste ? Selon les lois de l’économie, c’est le prix d’équilibre, un prix parfait par rapport à ce qu’on attend de ce vin, ce que le vendeur en demande, ce que l’acheteur est prêt à payer. Si problème il y a, il est donc dans les qualités que l’on attribue à ces bouteilles.
Cela dit, pendant ce temps, certains collectionnent dans le fond de leur cave des bouteilles qui pourraient se marchander à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Et d’autres trouvent satisfaction en partageant des vins achetés moins de 10 euros la bouteille. Mais si mon plaisir est de 9/10, ou même 8/10, avec un vin à 10€, les 17 990 euros de différence ne sont-ils pas beaucoup pour un plaisir marginal aussi faible ?
Tags: domaine de la romanée-conti, DRC, prix, rêve



28 November 2008 à 9:48 am
Et pour celui, qui a la curiosité de vouloir savoir, à quoi cela ressemble, le RC de 2005, il y a chaque année la possibilité de déguster les 6 crus du Domaine incl. le RC en décembre à Paris en présence d’Aubert la Villaine -
http://www.grainsnobles.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=702&Itemid=45
Cette année, c’est justement le millésime 2005, qui est au programme. Entre temps la participation est de 330,00€ pour la soirée, mais cela permet, d’en parler à l’avenir en connaissance de cause, comme je l’avais pu faire en 2005 sur la gentille invitation d’un de mes clients. J’en avais d’ailleurs parlé dans un des premiers article de mon blog.
Je me suis à l’époque bien demandée, après avoir entendu aussi les détails sur la “fabrication” à la vigne et au chai, combien je serais prête à payer pour une des précieux bouteilles, de trouver mon ratio: prix/plaisir - et je me suis dit, que je dépenserais volontiers autour de 50 à 80€ pour les autres crus, prête à aller jusqu’à 200 € pour une des rares RC, vu que je l’avais trouvé vraiment supérieur aux autres… ce qui vous montre bien, que je n’avais pas regardé les prix pratiqués sur le marché de la vanity fair avant la dégustation…..:-).
28 November 2008 à 9:54 am
Pourquoi la DRC ne s’est-elle pas encore fait braquer?? Leur transporteuer ça doit être brinks plutôt que DHL… J’espère que c’est fort knox chez eux…
7 December 2008 à 9:27 am
Ils pourraient tout aussi bien le vendre à 30 000 ou 100 000€ la bouteille, cela ne me choquerait pas plus. Au contraire, je suis fier que la France puisse ainsi proposer l’excellence ! On achète bien des BMW qui couinent à 50 000€ avec un pauvre 4 cylindres dedans…C’est le marteking, le marché comme tu le soulignes, rien de plus et rien de moins.