Vin et histoire # 8: Philippe II de Bourgogne (1342-1404), garant du pinot noir
Dans cette série consacrée aux grands personnages du vin, comment ne pas évoquer Philippe II de Bourgogne, dit Philippe le Hardi ? En effet, il est à l’origine du premier décret sur le vin au monde, interdisant la plantation du gamay en Bourgogne et privilégiant le pinot noir. Il influence dès lors fortement l’encépagement et la qualité des vins de Bourgogne mais a aussi indirectement préservé le pinot noir. Par ce comportement novateur, ce souverain a permis d’élever la qualité des vins de Bourgogne.
Philippe II de Bourgogne, dit Philippe le Hardi (1342-1404), est le fils du roi Jean II de France, dit Jean le Bon. Il fut duc de Bourgogne, comte de Flandre et d’Artois, comte palatin de Bourgogne, comte de Nevers, de Rethel, d’Étampes, de Gien, de Charolais, seigneur de Salins et de Malines. Cependant, il fut longtemps appelé Philippe sans terre parce qu’il était le dernier des quatre fils du roi Jean. Par son habileté politique et son mariage avec Marguerite de Flandre, il acquit un vaste territoire et jeta les bases d’un Etat bourguignon.

Il prit également le surnom de Philippe le Hardi de la bouche de son opposant le roi d’Angleterre, Edouard III, du fait de son valeureux comportement au côté de son père lors de la défaite française de Poitiers qui marqua le début de la guerre de 100 ans en 1356.
Amateur d’art, mécène fastueux, passionné par l’architecture, il contribua à faire du duché de Bourgogne le plus puissant du royaume de France.
Philippe II le Hardi et le vin
Ce souverain qui a acquis le duché de Bourgogne et l’étendit par des alliances, chercha à convaincre les forces économiques de son duché. Il contribua alors à mettre en valeur les meilleurs produits fabriqués auprès des autres cours européennes. Il fit par exemple la promotion des draperies des Flandres et, bien entendu, des vins de Bourgogne qui avaient déjà une solide réputation dans le royaume de France, les vins de Beaune étant régulièrement utilisés comme vin de sacre. Ainsi, il envoya du vin de Bourgogne à la cour pontificale en Avignon. Il initia une pratique reprise par ses successeurs, la dynastie Valois des ducs de Bourgogne régnant sur l’art et le goût d’une grande partie de l’Europe aux XIVe et XVe siècles.
Il s’employa aussi, et c’est l’héritage qu’il nous laisse, à en améliorer la qualité. En effet, il interdit la culture du gamay au profit du pinot noir dans ses terres. Il s’agit du premier décret alimentaire au monde, précurseur des appellations d’origine contrôlées (AOC), introduit bien avant le Reinheitsgebot allemand (1516), définissant les ingrédients autorisés dans le brassage de la bière en Allemagne.
Par son esprit novateur, Philippe II de Bourgogne est devenu une personnalité incontournable de l’histoire du vin et de la cuisine.
Les vins de Philippe le Hardi
Découvrons désormais plus spécifiquement les vins favoris du duc mais aussi ceux sur lesquels il a encore une influence.
Bourgogne Rouge
Pinot Noir
Au XIVe siècle, le duché de Bourgogne commença à produire et à vendre un nouveau vin rouge : le pinot noir ou « vin de pinot vermeil », qui était considéré par le duc meilleur que ceux d’auvernat ou gamay cultivés majoritairement. Il édicta une ordonnance, rédigée par Jean de Varranges, bailli de Dijon, le 31 juillet 1395 :
il ordonna d’arracher et de ne plus planter « le très mauvais et déloyal plant de gamay, duquel plant vient très grande abondance de vin [...], lequel vin est de telle nature qu’il est moult nuisible à créature humaine… car il est plein de très grande et horrible amertume. » Il faudra donc « l’extirper, le détruire, le mettre à néant, à peine de soixante sous tournois par ouvrée de vigne ». L’amende frappe aussi ceux qui persisteraient à « mener fiens et ordures dans les vignes où se trouvent les bons plants ».
L’amende indiquée est très lourde car elle représente plusieurs dizaines de milliers d’euros d’aujourd’hui à l’hectare.
L’ordonnance, qui fut d’application difficile, fut renouvelée en 1441 par le duc Philippe III de Bourgogne et par le roi de France Charles VIII en 1486. Elle a eu pour conséquence que les vins rouges de Bourgogne sont aujourd’hui très largement à base de pinot noir.
Gamay du Val de Loire
Anjou Gamay
Chateaumeillant
Coteaux du Giennois
Côte d’Auvergne
Côte Roannaise
Valençay
Touraine Mesland
Côte de Toul
L’ordonnance de Philippe II de Bourgogne a engendré des conséquences sur ces vignobles du Val de Loire. En effet, l’arrachage des plants de gamay en Bourgogne entraina une diffusion de ce cépage dans le Val de Loire. Le cépage gamay, originaire de Saint-Aubin, remplaça là-bas le cépage de gouais noir et y est resté aujourd’hui dans ces appellations.
Muscadet
L’ordonnance du duc de Bourgogne sur l’interdiction du gamay fut complétée par celle d’un cépage blanc, le melon qui, comme le gamay, fut contraint à l’exil et remonta la Loire pour s’implanter près de Nantes. Il prit le nom de muscadet au XIXe siècle du fait de sa connotation aromatique avec les vins muscat.
<![]()
Givry
C’est sur cette aire d’appellation de vin de Givry que la femme du duc, Marguerite de Flandre, fit construire un château à Germolles et clore à coté un vaste domaine pour le vin destiné exclusivement aux cours ducales de Dijon et Malines (dans l’actuel Belgique).
Volnay
Ce célèbre vin de Bourgogne fut utilisé à des fins diplomatiques. En 1395, le pape Benoît XIII reçut Philippe le Hardi et ses frères qui avaient l’intention de mettre fin au Grand Schisme d’Occident divisant la chrétienté catholique en deux obédiences – Rome et Avignon. Le duc, pour faciliter les transactions, fit descendre par le Rhône neuf queues de vin de Volnay. Mais, lors de sa dégustation, ce vin révéla « une aspreté horrible ». L’histoire tient parfois à peu de choses.
Tags: bourgogne, Chateaumeillant, Côte d'Auvergne, Coteaux du Giennois, Gamay, Givry, Marguerite de Flandre, muscadet, Philippe II de Bourgogne, pinot noir, Valençay, Volnay


