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Articles taggés avec ‘Internet’

La fin du vin sur Internet : l’affaire Microsoft

Wednesday 21 May 2008

Aujourd’hui, plusieurs acteurs de la filière vitivinicole ont reçu un email signé “Microsoft adCenter Advertiser Support”. Ces acteurs, sites de vente de vin en ligne, distributeurs ou encore simples producteurs ont tous en commun d’être clients de la régie publicitaire de Microsoft. Si Microsoft est l’éditeur de logiciel le plus connu au monde le géant de Seattle s’est mué ces dernières années en vendeur d’espace publicitaires à travers ses différents sites tels que MSN, Xbox Live, Office Online ou encore Live Search.

Que contenait cet email ? (voir la capture d’écran du mail)

Le mail annonce la modification par Microsoft de sa “règle éditoriale concernant la vente d´alcool“. En effet Microsoft se refuse à partir du 1er juin 2008 à relayer les “publicités promouvant et/ou facilitant la vente d’alcool” et désactivera donc les “mots-clés et annonces promouvant la vente de vins en ligne“. Concrètement les vignerons et plus généralement les vendeurs de vin ne pourront plus faire de publicité sur les sites contrôlés par Microsoft.

Pourquoi une telle décision?

Microsoft explique que “la législation souligne qu’Internet ne fait pas partie des supports d’information autorisés à diffuser des messages publicitaires ayant trait à l’alcool (Article L3323-2)“. Microsoft fait donc sienne l’analyse de la Cour d’Appel de Paris qui, on s’en souvient, avait notifié par un arrêt du 13 février 2008 l’interdiction de faire de la publicité relative au vin sur Internet. Nous avions à l’époque largement commenté cette décision de justice et ses suites dans plusieurs articles.

Microsoft était-il obligé d’en arriver là?

On se souvient que l’arrêt de la Cour d’Appel relevait plus d’une sanction à l’égard de la société Heineken que la volonté de faire émerger une nouvelle jurisprudence en s’engouffrant dans un vide juridique. La justice l’avait d’ailleurs précisé en invitant dans ses conclusions le législateur à mettre la loi Evin en conformité avec l’apparition d’Internet. Depuis l’arrêt Heineken il n’y a d’ailleurs pas eu de nouvelles décisions de justice et à notre connaissance, l’ANPAA n’a pas déposé de nouvelles plaintes.
On peut légitimement se demander pourquoi Microsoft a donc choisi d’anticiper un éventuel retournement de situation se privant ainsi des revenus en provenance des vignerons et des vendeurs de vin. Difficile de trouver une explication rationnelle à part la légendaire crainte américaine face à toutes les réglementations concernant la santé publique. Il faut dire que Microsoft est un habitué des procès fleuves qui se règlent à coups de milliards de dollars. En tous cas l’hypothèse d’un procès ANPAA versus Microsoft restera de l’ordre de la science fiction puisque le géant de Seattle a déposé les armes avant même le début de la bataille.

Une étape de plus de franchie

Que l’ANPAA reçoive un soutien de la part des régies publicitaires on ne s’y attendait sûrement pas! C’est donc maintenant les vendeurs d’espace publicitaires qui prennent les devants pour interdire la promotion du vin sur Internet. Si Google et Yahoo imitent Microsoft comment les vignerons et les vendeurs de vins pourront-ils assurer leur promotion sur le web? Les acteurs de la filière vitivinicole devront ils se contenter de faire de la promotion uniquement sur leurs propres sites comme le suggère la dernière proposition de loi visant à modifier la loi Evin?
Cela reviendrait de toute façon à condamner la filière vitivinicole sur Internet : un site sans moyen d’assurer sa promotion est un site mort… un secteur économique entier est en danger, plusieurs milliers d’emplois directs et indirects sont menacés.

Alors, à quand la décision de Google???

(voir la capture d’écran du mail)

Le vin sur Internet c’est INTERDIT!

Thursday 14 February 2008

Faire la promotion du vin sur Internet c’est désormais interdit. Voilà le très mauvais scénario suggéré par une décision de la cour d’appel de paris rendue aujourd’hui 13 février 2008.

Que s’est-il passé ?


Rappelons nous la décision du tribunal de grande instance de Paris du 8 janvier de cette année à laquelle nous avions consacré un article. Le tribunal avait alors dans son ordonnance de référé imposé à Heineken de retirer de son site les messages publicitaires au motif que la publicité pour l’alcool sur Internet était interdite. Cette décision avait alors fait l’effet d’une bombe et Heineken avait fait appel. Depuis, nous attendions la nouvelle décision de justice avec beaucoup de fébrilité. L’audience, initialement prévue pour le 15 janvier a finalement été reportée à aujourd’hui et j’ai le triste honneur de vous apprendre en exclusivité que la décision du tribunal a été confirmée par la cour d’appel de Paris. La nouvelle vient directement et oralement du greffe de la cour d’appel mais ne fait pour l’instant l’objet d’aucune annonce officielle. L’ANPAA contactée au téléphone n’a pas souhaité confirmer l’information à cette heure.

Comment en est-on arrivés là ?

Pour l’instant, on ne connaît pas les motifs qui ont poussé la cour d’appel à confirmer la décision du TGI du 8 janvier. Pas vraiment moyen de savoir si la cour d’appel a adopté un raisonnement différent de celui du TGI qui avait basé sa décision sur l’absence de la mention d’Internet comme support publicitaire autorisé par la loi Evin. Absence au demeurant très logique puisqu’en 1991…Internet n’existait pas !

Mais que fait le législateur ?

Reste une question troublante : pourquoi le législateur n’a pas modernisé la loi en ajoutant la mention d’Internet à la liste des supports autorisés ? Les députés ont pourtant eu plusieurs fois l’opportunité d’opérer cette modernisation des textes, notamment à l’occasion de la loi relative à la sécurité du commerce numérique ou encore de la loi relative au contenu des messages publicitaires. Comment expliquer cet omission dont les conséquences sont visibles aujourd’hui de façon dramatique ? S’agit-il d’un simple oubli, de la paresse du législateur ou de la volonté délibérée de restreindre le champ de la publicité sur l’alcool ?

Les internautes sont-ils tous mineurs ?

Les supports autorisés par la loi pour la promotion de l’alcool sont notamment la presse écrite, la radio, les affiches et enseignes, les catalogues et brochures. Imaginons une seconde que le législateur ait décidé délibérément de ne pas rajouter Internet qu’est-ce que cela signifie ? La loi doit protéger les consommateurs contre les dangers de la publicité et c’est tant mieux. Lorsque la protection concerne des produits dont les conséquences sur la santé peuvent être importantes (alcool, tabac) on ne peut bien sûr que s’en féliciter et c’est le but par exemple de la loi Evin. Cela justifie t-il cependant que le consommateur internaute soit plus protégé que le consommateur non internaute ? En effet, la publicité est autorisée à la radio et dans la presse mais pas sur Internet. Quelle conclusion en tirer : l’internaute est-il incapable de faire la part des choses devant une publicité ? L’internaute est-il condamné à rester un éternel mineur ? Il me semble pourtant que le consommateur internaute est plutôt mieux informé que le consommateur non internaute. Surtout, il est plus difficile (pour l’instant encore) d’accéder à une connexion Internet que d’allumer une radio ou d’ouvrir un journal.

Et maintenant ?

La décision porte, non pas sur des bannières publicitaires diffusées par Heineken, mais sur le propre site d’Heineken. Cela signifie que désormais devraient être fermés tous les sites promotionnels en rapport avec l’alcool. Sans pousser le raisonnement trop loin on se rend compte que cela pourrait impliquer la fermeture des sites promotionnels des négociants, des cavistes, des vignerons et même des syndicats. Que reste t-il alors d’autorisé sur Internet dans le domaine du vin ? La presse Internet et les blogs ? A voir, car si on se réfère à une autre décision du tribunal de grande instance de Paris rendue le 20 décembre 2007 même un article de presse peut être considéré comme de la propagande et être sanctionné au nom de la loi Evin.

Et pendant ce temps le monde tourne à l’heure d’Internet et la viticulture française s’enfonce dans la crise.

Peut-on faire de la publicité pour le vin sur Internet?

Saturday 12 January 2008

Le vin est-il aussi dangereux que ça?

La question prête à sourire et pourtant, d’après une décision du tribunal de grande instance de Paris il serait interdit de promouvoir le vin sur Internet.

Les faits

Le 18 décembre 2007, l’ANPAA avait attaqué Heineken, reprochant à ce dernier de faire de la publicité sur son propre site Internet. Le tribunal de grande instance de Paris, dans une ordonnance de référé du 8 janvier 2008, a imposé à Heineken de retirer de son site les messages publicitaires au motif que la publicité pour l’alcool sur Internet est interdite. Heineken a trois semaines pour retirer ses publicités sous peine d’une amende journalière de 3000 euros. L’annonce fait l’effet d’une bombe : la publicité sur Internet serait interdite ?

Pourquoi ?

L’article L. 3323-2 du Code de la santé publique liste les supports sur lesquels la publicité pour l’alcool est autorisée. On trouve par exemple dans cette liste la presse écrite, la radio, les affiches et enseignes, les catalogues et brochures mais en revanche pas de mention d’Internet. Bizarre ? Non, plutôt logique puisqu’en 1991, année où la loi Evin a été votée, Internet n’existait pas… Or, le tribunal rappelle que les textes d’incriminations pénales sont d’interprétation stricte. En d’autres termes, s’agissant d’un texte pénal, on ne peut pas l’interpréter à l’aune du bon sens et il faut s’en tenir à son expression littérale. Traduction : l’absence de mention d’Internet équivaut à une interdiction de faire de la publicité sur Internet.

Affaire à suivre…

La décision est inquiétante d’autant que l’ordonnance demande le retrait de tout message à caractère publicitaire, s’agissant d’un site promotionnel cela veut dire la fermeture du site. Si on suit la logique du tribunal toute promotion de l’alcool sur Internet serait interdite.
Apparemment une audience d’appel devrait se tenir le 15 janvier: affaire à suivre.